Abir Moussi : l’héritière du parti de Ben Ali, prisonnière de Kais Saied
Ancienne dirigeante du RCD de Ben Ali, présidente du Parti destourien libre, adversaire acharnée d’Ennahdha, Abir Moussi est arrêtée le 3 octobre 2023 devant le palais de Carthage. Trois condamnations plus tard, elle doit purger douze ans et demi de prison. L’ONU juge sa détention arbitraire ; ses détracteurs lui reprochent d’avoir préparé le terrain au 25 juillet. Sa fiche complète, sources à l’appui.
Abir Moussi est détenue depuis
Arrêtée le 3 octobre 2023 devant le palais présidentiel de Carthage.
Du RCD de Ben Ali au Parti destourien libre
Abir Moussi naît le 15 mars 1975 à Jemmal, d’un père fonctionnaire de la sûreté nationale et d’une mère enseignante. Titulaire d’une maîtrise en droit et d’un diplôme d’études approfondies en droit économique, elle devient avocate près la Cour de cassation (Wikipédia, Kapitalis).
Le 10 janvier 2010, un an avant la révolution, elle est nommée secrétaire générale adjointe chargée de la femme au Rassemblement constitutionnel démocratique, le parti de Ben Ali, dissous en 2011. Elle rejoint ensuite le Mouvement destourien de l’ancien Premier ministre Hamed Karoui, qu’elle préside à partir du 13 août 2016 sous le nom de Parti destourien libre (Wikipédia). Candidate à la présidentielle de 2019, elle obtient 4 % des voix ; elle est élue la même année députée de Tunis 2.
Au Parlement, contre Ennahdha
Entre 2019 et 2021, Abir Moussi fait de l’Assemblée le théâtre d’une guerre ouverte contre Ennahdha et la coalition Al Karama : sit-in dans l’hémicycle, interventions au mégaphone, séance tenue avec un casque et un gilet pare-balles (Tuniscope). En juin 2021, elle s’évanouit lors d’un sit-in devant le Parlement (Webdo). Le 30 juin 2021, un député la gifle en pleine séance ; l’Assemblée condamne l’agression (Anadolu). Elle a porté, avec d’autres, la motion de retrait de confiance contre le président du Parlement, Rached Ghannouchi, en juillet 2020 (Al Jazeera).
Ce que lui reprochent ses détracteurs
Prisonnière politique aujourd’hui, Abir Moussi reste une figure contestée. Pour ses détracteurs, elle incarne l’ancien régime que la révolution de 2011 a renversé : elle était l’une des dirigeantes du RCD de Ben Ali un an avant sa chute, et son parti en revendique l’héritage (Wikipédia).
Ils lui reprochent surtout d’avoir préparé le terrain au coup de force de Kais Saied. « Beaucoup se souviennent que par sa surenchère permanente au Parlement, elle a soufflé sur les braises, créant un climat qui a conduit le président Kaïs Saïed à s’arroger tous les pouvoirs le 25 juillet 2021 », écrit Jeune Afrique au lendemain de son arrestation (Jeune Afrique). Dès juin 2021, un éditorialiste de Business News estimait qu’elle avait « signé son arrêt de mort politique » (Business News) ; en 2022, Kapitalis la décrivait comme une agitatrice populiste que l’opinion abandonnait (Kapitalis).
Abir Moussi a revendiqué sa part dans le 25 juillet. Deux jours après le coup de force, elle salue les décisions de Kais Saied : « Saied a activé l’article 80 de la Constitution de la manière qu’il jugeait appropriée », « nous sommes aux côtés du peuple pour sauver la Tunisie du système de destruction », et le peuple, dit-elle, « s’est débarrassé des Frères musulmans, de Rached Ghannouchi et de Hichem Mechichi ». La même dépêche rappelle qu’elle a rejeté à plusieurs reprises le soulèvement populaire de 2011 (Anadolu).
Devenue opposante, Abir Moussi dénonce ensuite le régime né du 25 juillet : selon elle, ce qui a suivi n’est que « la continuation de ce qui précédait le 25 juillet », avec la volonté de transformer les Tunisiens en « sujets » sous un pouvoir absolu (Babnet).
L’arrestation devant le palais de Carthage

Le 3 octobre 2023, Abir Moussi se présente au bureau d’ordre de la présidence, à Carthage, pour y déposer des recours contre des décrets présidentiels. Elle est arrêtée sur place, quelques jours après avoir annoncé son intention de se présenter à la présidentielle (Amnesty International). En août 2024, ses avocats déposent sa candidature depuis la prison ; l’instance électorale rejette le dossier et le Tribunal administratif rejette ses recours (Webdo, Wikipédia).
Trois condamnations, douze ans et demi de prison
| Affaire | Jugement | Accusation | Peine |
|---|---|---|---|
| Plainte de l’instance électorale (ISIE), décret-loi 54 | 2024 | Critiques contre l’instance électorale | 2 ans ; 1 an et 4 mois en appel (22 novembre 2024) |
| Seconde plainte de l’ISIE | 12 juin 2025 | Critiques contre le processus des législatives | 2 ans en première instance |
| Affaire du « bureau d’ordre » | Décembre 2025 | Attentat visant à changer la forme de l’État, passible de la peine de mort selon Amnesty International | 12 ans ; 10 ans en appel (13 mars 2026) |
Le 29 septembre 2026, la Cour de cassation rejette ses pourvois dans les trois affaires : le cumul des peines atteint douze ans et six mois (Webdo, Business News). Sources des peines : Jeune Afrique et Wikipédia (2024) ; Tunisie Tribune (juin 2025) ; Le Courrier de l’Atlas et Business News (« bureau d’ordre »).
Grèves de la faim et détention
Le 12 février 2025, Abir Moussi entame une grève de la faim et de la soif, accompagnée d’un arrêt de ses médicaments ; transférée vers un hôpital de Nabeul, elle y met fin le 20 février, à l’appel de son parti (Kapitalis, Directinfo). Détenue d’abord à la prison pour femmes de la Manouba, elle est ensuite incarcérée à Bulla Regia, dans le gouvernorat de Jendouba. Le 23 septembre 2026, son avocat annonce une nouvelle grève de la faim « sauvage » (Kapitalis).
Ce qu’en disent l’ONU et les ONG
Dans son avis n° 61/2024, adopté en novembre 2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire juge sa détention arbitraire, parce qu’elle résulte de l’exercice de ses droits politiques, et demande sa libération immédiate ; le gouvernement tunisien n’a pas répondu (Nations unies, Union interparlementaire). Amnesty International la considère comme arbitrairement détenue, puis injustement condamnée (Amnesty International, Amnesty International).
Elle figure dans notre liste des prisonniers politiques et sur la page des opposants emprisonnés, où islamistes et anti-islamistes partagent désormais les mêmes prisons.
La chronologie complète
- Naissance à Jemmal, dans le Sahel.
- Secrétaire générale adjointe chargée de la femme au RCD, le parti de Ben Ali.
- Présidente du Parti destourien libre (PDL).
- Candidate à la présidentielle : 4 % des voix, neuvième.
- Députée de Tunis 2 à l’Assemblée des représentants du peuple.
- Agressée en pleine séance par un député ; le Parlement condamne l’agression.
- Kais Saied gèle le Parlement, où elle combattait Ennahdha.
- Arrêtée devant le palais de Carthage, au bureau d’ordre de la présidence.
- Candidate à la présidentielle depuis sa cellule ; l’instance électorale rejette son dossier, le Tribunal administratif ses recours.
- Le Groupe de travail de l’ONU juge sa détention arbitraire (avis n° 61/2024).
- Un an et quatre mois de prison en appel dans une affaire du décret-loi 54.
- Grève de la faim et de la soif ; transférée à l’hôpital de Nabeul, elle l’arrête le 20 février.
- Deux ans de prison dans une seconde affaire intentée par l’instance électorale.
- Douze ans de prison dans l’affaire du « bureau d’ordre ».
- Dix ans en appel dans l’affaire du « bureau d’ordre ».
- Grève de la faim « sauvage » à la prison de Bulla Regia.
- La Cour de cassation rejette ses pourvois dans trois affaires : douze ans et demi de prison au total.
Questions fréquentes sur Abir Moussi
Pourquoi Abir Moussi est-elle en prison ?
Arrêtée le 3 octobre 2023 devant le palais de Carthage, elle a été condamnée dans trois affaires : deux plaintes de l’instance électorale au titre du décret-loi 54, et l’affaire du « bureau d’ordre », où elle a reçu dix ans en appel. Le cumul atteint douze ans et six mois, définitifs depuis le 29 septembre 2026.
Quel âge a Abir Moussi ?
Elle est née le 15 mars 1975 à Jemmal. Elle a 51 ans en 2026.
Où est détenue Abir Moussi ?
À la prison de Bulla Regia, dans le gouvernorat de Jendouba, après avoir été détenue à la prison pour femmes de la Manouba.
Que reproche-t-on à Abir Moussi ?
La justice la poursuit pour des critiques contre l’instance électorale et pour un « attentat » visant à changer la forme de l’État. Ses détracteurs politiques lui reprochent d’incarner l’ancien régime de Ben Ali et d’avoir, par sa surenchère au Parlement, préparé le terrain au 25 juillet 2021.
Que dit l’ONU sur Abir Moussi ?
Dans son avis n° 61/2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire juge sa détention arbitraire et demande sa libération immédiate.
Citer cette pageréférence prête à copier
« Abir Moussi : l’héritière du parti de Ben Ali, prisonnière de Kais Saied », kaissaied.com, mis à jour le 19 octobre 2026. https://kaissaied.com/abir-moussi/
Historique des mises à jour1 entrée
- Publication.
Une erreur, un oubli ? Écrivez à contact@kaissaied.com : chaque correction est datée ici.