Fiche · Prisonnière politique

Chaïma Issa : poétesse, opposante, condamnée à vingt ans de prison

Fille d’un prisonnier politique de Ben Ali, poétesse et militante du Front de salut national, Chaïma Issa est la première femme emprisonnée pour raisons politiques sous Kais Saied, en février 2023. Libérée cinq mois plus tard, elle est condamnée à vingt ans de prison dans l’affaire du « complot », puis arrêtée dans la rue, le 29 novembre 2025, à la sortie d’une manifestation. Sa fiche complète, sources à l’appui.

Chaïma Issa est détenue depuis

10 mois derrière les barreaux. Un trait par mois, comme on compte les jours sur le mur d’une cellule.

Arrêtée le 29 novembre 2025 dans une rue de Tunis. L’ONU a jugé arbitraire sa détention de 2023.

Qui est Chaïma Issa ?

Chaïma Issa naît à Tunis à la fin de 1979. Elle a dix ans quand, dans la nuit du 16 novembre 1990, des agents emmènent son père, Issa Ibrahim, peintre et antiquaire proche du courant islamiste ; la famille apprend six semaines plus tard qu’il est détenu sur ordre d’un tribunal militaire. L’année suivante, elle participe à sa première manifestation, celle des femmes de détenus devant ce tribunal (Al Araby).

Elle étudie les sciences religieuses à l’université Zitouna, où elle obtient un master, et la peinture à Tunis et à Rome. Poétesse, elle publie Piano du vendredi (Beyrouth, 2006) et Maqâmât pour une balançoire de la mort (Tunis, 2013), puis l’essai Genre, féminisme et religion en 2020, année où elle est chargée de mission auprès de la ministre de la Femme. En 2014, elle est candidate aux législatives sur les listes de l’Alliance démocratique (Al Araby, Wikipédia).

Après le 25 juillet 2021, elle cofonde le collectif « Citoyens contre le coup d’État », puis rejoint le Front de salut national, principale coalition d’opposition à Kais Saied (Human Rights Watch).

2023 : la première femme prisonnière politique de Kais Saied

Le 22 février 2023, en pleine vague d’arrestations d’opposants, Chaïma Issa est arrêtée et placée en détention provisoire pour « complot contre la sûreté de l’État ». La presse la désigne alors comme la première femme prisonnière politique du régime. En juin, un juge ordonne sa libération ; le parquet s’y oppose. Elle sort de prison le 13 juillet 2023, sans que les poursuites soient abandonnées (Wikipédia, Gulf Centre for Human Rights).

Le 13 décembre 2023, le tribunal militaire de Tunis la condamne à un an de prison avec sursis, notamment pour avoir incité des militaires à désobéir et pour « offense » au président, à cause de propos tenus à la radio ; elle conteste ces accusations (Al Jazeera).

Vingt ans de prison dans l’affaire du « complot »

Fronton du palais de justice de Tunis, où siègent le tribunal de première instance et la cour d’appel qui ont condamné Chaïma Issa dans l’affaire du « complot »
Le palais de justice de Tunis, boulevard Bab Bnet. Photo : Noomen9, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Jugée avec une quarantaine d’opposants, d’avocats et de militants, Chaïma Issa est condamnée à 18 ans de prison le 19 avril 2025, puis à 20 ans en appel le 28 novembre 2025, au terme de trois audiences tenues sans les accusés détenus. L’accusation repose pour l’essentiel sur des rencontres avec des diplomates étrangers. Human Rights Watch, qui a examiné les pièces du dossier, conclut que les accusations sont sans fondement et ne reposent sur aucune preuve crédible (Human Rights Watch).

Le 3 septembre 2026, la Cour de cassation rejette les pourvois : la condamnation est définitive. Le détail des peines, accusé par accusé, se trouve sur notre page consacrée à l’affaire du « complot ».

L’arrestation du 29 novembre 2025, en pleine rue

Le lendemain de l’appel, le 29 novembre 2025, Chaïma Issa manifeste à Tunis contre les atteintes aux libertés. À la sortie du cortège, des agents en civil, certains cagoulés, l’arrachent à ses proches et à ses avocats et la font monter dans une voiture banalisée, sans décliner leur identité ; une vidéo de la scène circule en ligne. Une source judiciaire indique qu’elle était recherchée pour exécuter sa peine (Human Rights Watch, Tunisie Numérique, Wikipédia).

Blessée au pied pendant l’arrestation, selon sa famille, elle entame le jour même une grève de la faim. Elle est détenue à la prison pour femmes de la Manouba (Human Rights Watch, Middle East Eye). En juin 2026, une lettre écrite dans sa cellule appelle l’opposition à l’unité : « les chaînes qui entravent nos corps ne peuvent pas enchaîner nos idées » (Kashf Media).

La chronologie complète

  1. Son père, Issa Ibrahim, peintre et antiquaire proche du courant islamiste, est arrêté de nuit à Tunis ; la famille n’apprend que six semaines plus tard qu’il est détenu sur ordre d’un tribunal militaire.
  2. À onze ans, première manifestation : celle des femmes de détenus devant le tribunal militaire.
  3. Premier recueil de poèmes, Piano du vendredi, publié à Beyrouth.
  4. Candidate aux législatives sur les listes de l’Alliance démocratique.
  5. Après le 25 juillet, cofonde le collectif « Citoyens contre le coup d’État », puis rejoint le Front de salut national.
  6. Arrêtée dans l’affaire du « complot contre la sûreté de l’État » et placée en détention provisoire.
  7. Un juge ordonne sa libération ; le parquet s’y oppose et elle reste en prison.
  8. Remise en liberté, poursuites maintenues.
  9. Le tribunal militaire de Tunis la condamne à un an de prison avec sursis, notamment pour « offense » au président, pour des propos tenus à la radio.
  10. Le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire juge arbitraire la détention de huit personnes de l’affaire, dont elle (avis n° 35/2024).
  11. Condamnée à 18 ans de prison en première instance dans l’affaire du « complot ».
  12. Peine portée à 20 ans en appel.
  13. Arrêtée dans une rue de Tunis, à la sortie d’une manifestation pour les libertés ; elle commence une grève de la faim. Détenue à la prison pour femmes de la Manouba.
  14. Publie une lettre écrite dans sa cellule.
  15. La Cour de cassation rejette les pourvois de l’affaire du « complot » : la condamnation devient définitive.

Ce qu’en disent l’ONU et les ONG

Dans son avis n° 35/2024, adopté lors de sa session du 26 au 30 août 2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire juge arbitraire la détention de huit personnes arrêtées en février 2023 dans l’affaire du « complot », dont Chaïma Issa, et demande à la Tunisie d’y remédier sans délai (Nations unies).

Après son arrestation de novembre 2025, Human Rights Watch dénonce « la dernière étape du plan du président Kais Saied » pour éliminer toute alternative à son pouvoir ; l’association tunisienne Intersection réclame sa libération immédiate (Human Rights Watch, Intersection). Elle figure dans notre liste des prisonniers politiques et sur la page des opposants emprisonnés.

Questions fréquentes sur Chaïma Issa

Qui est Chaïma Issa ?

Une poétesse, écrivaine et militante tunisienne née à Tunis fin 1979, membre du Front de salut national et cofondatrice du collectif « Citoyens contre le coup d’État ». Elle est détenue depuis le 29 novembre 2025.

Pourquoi Chaïma Issa est-elle en prison ?

Elle purge une peine de 20 ans de prison prononcée en appel le 28 novembre 2025 dans l’affaire du « complot contre la sûreté de l’État », fondée selon Human Rights Watch sur des rencontres avec des diplomates et sans preuve crédible.

Où est détenue Chaïma Issa ?

À la prison pour femmes de la Manouba, près de Tunis.

Quel âge a Chaïma Issa ?

Elle est née fin 1979 (le 13 décembre 1979 selon l’ONU). Elle a 46 ans en 2026.

Que dit l’ONU sur Chaïma Issa ?

Dans son avis n° 35/2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire juge arbitraire sa détention de 2023 et celle de sept autres personnes de l’affaire du « complot ».

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« Chaïma Issa : poétesse, opposante, vingt ans de prison », kaissaied.com, mis à jour le 18 octobre 2026. https://kaissaied.com/chaima-issa/

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