Rached Ghannouchi, 85 ans : du perchoir du Parlement à la prison à perpétuité
Fondateur d’Ennahdha, élu président du Parlement en 2019, Rached Ghannouchi est arrêté le 17 avril 2023, à 81 ans. Depuis, la justice tunisienne l’a condamné dans six affaires, jusqu’à la réclusion à perpétuité en juin 2026. L’ONU juge sa détention arbitraire ; sa famille s’alarme de sa santé. Sa fiche complète, affaire par affaire, sources à l’appui.
Rached Ghannouchi est détenu depuis
Arrêté le 17 avril 2023. Le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire demande sa libération immédiate.
Prison, exil, retour : une vie d’opposant
Né le 22 juin 1941 à El Hamma, dans le sud tunisien, Rached Ghannouchi étudie à la Zitouna, au Caire, puis la philosophie à Damas, avant un séjour à Paris (Anadolu, Wikipédia). En 1981, il fonde le Mouvement de la tendance islamique, qui deviendra Ennahdha. Emprisonné de 1981 à 1984, il est de nouveau arrêté en 1987 et condamné aux travaux forcés à perpétuité, peine levée en 1988 (Wikipédia).
En 1989, il quitte la Tunisie pour l’Algérie, puis Londres ; un tribunal militaire le condamne au début des années 1990. Il ne rentre que le 30 janvier 2011, deux semaines après la chute de Ben Ali, au terme de vingt-deux ans d’exil (Anadolu).

Ennahdha au pouvoir, Ghannouchi au Parlement
En octobre 2011, Ennahdha arrive en tête de l’élection de l’Assemblée constituante et gouverne en coalition ; son secrétaire général Hamadi Jebali devient chef du gouvernement (Wikipédia). Ces années restent au cœur des accusations portées contre lui : ses adversaires reprochent au parti les assassinats politiques de 2013 ; Ennahdha rejette toute responsabilité.

Le 13 novembre 2019, Rached Ghannouchi est élu président de l’Assemblée des représentants du peuple. Le 30 juillet 2020, une motion de retrait de confiance portée notamment par le Parti destourien libre recueille 97 voix, quand il en fallait 109 (Al Jazeera, Kapitalis). Le soir du 25 juillet 2021, Kais Saied gèle le Parlement ; Ghannouchi dénonce un coup d’État et se présente devant l’Assemblée, où l’armée l’empêche d’entrer. Le Parlement est dissous en mars 2022.
L’arrestation du 17 avril 2023
Le 17 avril 2023, en plein ramadan, des policiers l’arrêtent chez lui au moment de la rupture du jeûne. Quelques jours plus tôt, lors d’une réunion du Front de salut national, il avait affirmé que la Tunisie risquait la guerre civile si l’islam politique en était éliminé (Jeune Afrique, Business News). Selon le Groupe de travail de l’ONU, il est arrêté sans mandat et détenu au secret pendant 48 heures ; les locaux d’Ennahdha sont fermés (Alkarama). Il refuse depuis de comparaître devant des juges qu’il estime aux ordres.
Six condamnations, affaire par affaire
En trois ans, Rached Ghannouchi est condamné dans six affaires distinctes. Ennahdha y voit une « instrumentalisation politique de la justice » et affirme que l’affaire de la « soirée de Ramadan » repose sur une vidéo falsifiée (Kapitalis).
| Affaire | Jugement | Accusation | Peine |
|---|---|---|---|
| « Taghout » | 15 mai 2023 | Apologie du terrorisme : le mot « tyran » dans un éloge funèbre | 1 an ; 15 mois en appel, confirmés en cassation (février 2025) |
| Financement étranger | 1er février 2024 | Financement étranger d’Ennahdha (contrat de lobbying aux États-Unis, 2019) | 3 ans, confirmés en appel en juillet 2024 ; amende d’environ 1,17 million de dollars pour le parti |
| Instalingo | 5 février 2025 | Atteinte à la sûreté de l’État | 22 ans |
| « Complot 2 » | 8 juillet 2025 | Complot contre la sûreté intérieure de l’État | 14 ans ; 20 ans en appel (3 février 2026) |
| « Soirée de Ramadan » | 14 avril 2026 | Complot pour changer la forme de l’État, incitation des habitants à s’entretuer | 20 ans |
| « Appareil secret » | 2 juin 2026 | Terrorisme : selon l’accusation, un appareil lié aux assassinats de 2013, ce qu’Ennahdha dément | Réclusion à perpétuité (plus 30 ans selon Al Jazeera) |
Sources des peines : Al Jazeera et Webdo (« taghout ») ; Webdo et Kapitalis (financement étranger) ; La Presse (Instalingo) ; La Libre Belgique (« complot 2 ») ; Business News (« soirée de Ramadan ») ; Al Jazeera et La Presse (« appareil secret »). Deux de ces procès ont leur propre page : l’affaire Instalingo et l’affaire du « complot ».
Grève de la faim, santé, famille
Le 28 septembre 2023, il entame une grève de la faim de trois jours pour dénoncer les poursuites contre l’opposition et soutenir les détenus politiques (Africanews). En janvier 2026, après mille jours de détention, il appelle l’opposition à l’unité (Business News).
Le 30 avril 2026, il est transféré d’urgence à l’hôpital (Al Jazeera). Le 17 juillet 2026, il fait un malaise dans la prison de Mornaguia, où la température dépasse 50 °C ; selon sa fille Soumaya, il souffre de la maladie de Parkinson et de troubles de la thyroïde et se trouve dans une aile sans climatisation (Al Jazeera, Middle East Eye). Pendant onze jours, sa famille et ses avocats n’obtiennent ni visite ni nouvelles ; son fils Mouadh parle de « disparition forcée » (Al Jazeera).
Ce que disent l’ONU, les ONG et le pouvoir
Dans son avis n° 63/2025 du 10 novembre 2025, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire juge sa détention arbitraire et demande sa libération immédiate ainsi qu’une indemnisation (Alkarama). Le 10 septembre 2026, Amnesty International demande sa libération immédiate, en dénonçant de graves violations du droit à un procès équitable et l’état de sa santé ; l’organisation y voit la première peine de perpétuité visant un haut responsable politique depuis 2011 (Amnesty International). L’ONG DAWN condamne la perpétuité prononcée en juin (DAWN).
Les autorités tunisiennes nient tout caractère politique à ces poursuites (Al Jazeera). Rached Ghannouchi figure dans notre liste des prisonniers politiques et sur la page des opposants emprisonnés, avec Abir Moussi, Jaouhar Ben Mbarek et Chaïma Issa.
La chronologie complète
- Naissance à El Hamma, dans le gouvernorat de Gabès.
- Fonde le Mouvement de la tendance islamique, futur Ennahdha ; emprisonné de 1981 à 1984.
- De nouveau emprisonné et condamné aux travaux forcés à perpétuité ; peine levée en 1988.
- Quitte la Tunisie : l’Algérie, puis Londres. Condamné par un tribunal militaire au début des années 1990.
- Retour à Tunis après vingt-deux ans d’exil, deux semaines après la chute de Ben Ali.
- Ennahdha arrive en tête de l’élection de l’Assemblée constituante.
- Élu président de l’Assemblée des représentants du peuple.
- Une motion de retrait de confiance recueille 97 voix ; il en fallait 109.
- Kais Saied gèle le Parlement ; l’armée empêche Ghannouchi d’y entrer.
- Arrêté chez lui pendant la rupture du jeûne ; les locaux d’Ennahdha sont fermés.
- Première condamnation : un an de prison pour « apologie du terrorisme ».
- Trois jours de grève de la faim, en soutien aux détenus politiques.
- 22 ans de prison dans l’affaire Instalingo.
- Le Groupe de travail de l’ONU juge sa détention arbitraire (avis n° 63/2025).
- Mille jours de détention ; il appelle l’opposition à l’unité.
- Transféré d’urgence à l’hôpital.
- Réclusion à perpétuité dans l’affaire de « l’appareil secret ».
- Malaise dans sa cellule, par plus de 50 °C ; famille et avocats sans nouvelles pendant onze jours.
- Amnesty International demande sa libération immédiate.
Questions fréquentes sur Rached Ghannouchi
Pourquoi Rached Ghannouchi est-il en prison ?
Arrêté le 17 avril 2023 après des propos sur un risque de guerre civile, il a été condamné dans six affaires : « taghout », financement étranger, Instalingo, « complot 2 », « soirée de Ramadan » et « appareil secret », où il a reçu la réclusion à perpétuité le 2 juin 2026. Il conteste toutes les accusations.
Quel âge a Rached Ghannouchi ?
Il est né le 22 juin 1941 à El Hamma. Il a 85 ans en 2026 ; il en avait 81 lors de son arrestation.
Où est détenu Rached Ghannouchi ?
À la prison de Mornaguia, près de Tunis, selon sa famille et la presse.
À combien d’années de prison a-t-il été condamné ?
À la réclusion à perpétuité (affaire de « l’appareil secret »), et à 22 ans, 20 ans, 20 ans, 3 ans et 15 mois dans les cinq autres affaires.
Rached Ghannouchi est-il malade ?
Selon sa famille, il souffre de la maladie de Parkinson et de troubles de la thyroïde. Il a été hospitalisé en avril 2026 et a fait un malaise en juillet 2026 dans une cellule surchauffée.
Que dit l’ONU sur Rached Ghannouchi ?
Dans son avis n° 63/2025, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire juge sa détention arbitraire et demande sa libération immédiate et une indemnisation.
Citer cette pageréférence prête à copier
« Rached Ghannouchi, 85 ans : du perchoir du Parlement à la perpétuité », kaissaied.com, mis à jour le 19 octobre 2026. https://kaissaied.com/rached-ghannouchi/
Historique des mises à jour1 entrée
- Publication.
Une erreur, un oubli ? Écrivez à contact@kaissaied.com : chaque correction est datée ici.