Fiche · Avocate poursuivie

Sonia Dahmani : l’avocate jugée quatre fois pour ses mots

Avocate au barreau de Tunis et chroniqueuse, Sonia Dahmani est arrêtée en direct à la télévision le 11 mai 2024 pour une phrase ironique sur la Tunisie. Dix-huit mois de prison plus tard, elle sort le jour où le Parlement européen vote une résolution sur son cas. Depuis, les condamnations au titre du décret-loi 54 continuent. Sa fiche complète, sources à l’appui.

Qui est Sonia Dahmani ?

Avocate inscrite au barreau de Tunis, Sonia Dahmani se fait connaître du grand public comme commentatrice juridique et chroniqueuse, à la radio et sur les plateaux de télévision, notamment dans des émissions comme « Émission impossible » et « Denya Zida » (SOS Défenseurs). Ses interventions, souvent mordantes, portent sur la justice, les libertés, le racisme et la politique migratoire.

Elle devient en 2024 l’un des visages des poursuites engagées au titre du décret-loi 54, qui punit la diffusion de « fausses nouvelles » ; Amnesty International en fait l’un des cas de sa campagne mondiale « Écrire pour les droits » (Amnesty International). Elle figure sur notre page des avocats poursuivis, aux côtés d’Ayachi Hammami, d’Ahmed Souab et de Mehdi Zagrouba.

L’arrestation en direct, le 11 mai 2024

Galeries à arcades du palais de justice de Tunis, où l’avocate Sonia Dahmani plaidait avant d’être poursuivie sous le décret-loi 54
Le palais de justice de Tunis. Photo : Noomen9, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Début mai 2024, sur le plateau de Carthage+, un chroniqueur affirme que les migrants subsahariens veulent s’installer en Tunisie. Sonia Dahmani répond : « De quel pays extraordinaire parle-t-on ? » Le parquet ouvre une enquête au titre du décret-loi 54 (Le Courrier de l’Atlas).

Le 11 mai au soir, alors qu’elle se trouve à la Maison de l’avocat, le siège de l’Ordre à Tunis, des policiers cagoulés l’emmènent de force, sous les caméras de France 24 qui filment en direct ; un caméraman est arrêté à son tour (La Libre Belgique). Deux jours plus tard, l’avocat Mehdi Zagrouba est arrêté au même endroit ; les avocats se mettent en grève.

Quatre procès pour des mots

Toutes les poursuites visent des propos tenus dans les médias, jugés au titre du décret-loi 54 sur les « fausses nouvelles ». Le Conseil national des barreaux français appelle à poursuivre la mobilisation après sa condamnation en appel de septembre 2024 (CNB).

Ce qu’elle a ditJugementPeine
« De quel pays extraordinaire parle-t-on ? »Mai 2024, Carthage+1 an (6 juillet 2024), 8 mois en appel
Déclarations sur le racisme en TunisieOctobre 20242 ans
Propos sur les migrants30 juin 20252 ans ; 18 mois en appel (13 avril 2026)
Propos de 2023 sur les conditions de détention25 mai 20262 ans ; appel en cours

En septembre 2026, l’article 24 du décret-loi 54 est réécrit : la peine de prison est supprimée, sauf en cas de récidive (Webdo). Le texte avait déjà servi à condamner des dizaines de journalistes, d’avocats et de citoyens ; voir notre page sur les journalistes emprisonnés.

La libération et la résolution du Parlement européen

Le 27 novembre 2025, le Parlement européen adopte, par 464 voix contre 58 et 75 abstentions, une résolution sur l’État de droit en Tunisie « notamment le cas de Sonia Dahmani », qui demande sa libération et l’abandon des poursuites contre elle et sa sœur Ramla, condamnée par défaut en juillet 2025 (Parlement européen, Observatoire législatif). Le même jour, Sonia Dahmani sort de la prison de la Manouba, après plus de dix-huit mois de détention (France 24, Webdo). Tunis dénonce une « ingérence flagrante » (Hespress).

La même année, le Comité pour la protection des journalistes lui décerne son Prix international de la liberté de la presse (CPJ). L’Observatoire international des avocats en danger a suivi son audience d’appel du 28 novembre 2025 (OIAD).

2026 : les poursuites continuent

Le 13 avril 2026, la cour d’appel de Tunis confirme sa condamnation pour des propos sur les migrants et ramène la peine à dix-huit mois ; elle comparaît libre (La Presse, CPJ). Le 25 mai 2026, le tribunal de première instance la condamne à deux ans de prison pour des déclarations faites en 2023 sur les conditions de détention dans les prisons tunisiennes ; la défense fait appel, ce qui suspend l’exécution (Business News, Jeune Afrique).

Le Conseil de l’Ordre des avocats de Paris adopte une motion de soutien, et une question écrite est posée au gouvernement à l’Assemblée nationale française (Barreau de Paris, Assemblée nationale).

La chronologie complète

  1. Sur le plateau de Carthage+, elle répond à un chroniqueur qui affirme que les migrants subsahariens veulent s’installer en Tunisie : « De quel pays extraordinaire parle-t-on ? » Le parquet ouvre une enquête au titre du décret-loi 54.
  2. Des policiers cagoulés l’emmènent de force depuis la Maison de l’avocat, à Tunis, sous les caméras de France 24 ; un caméraman est arrêté avec elle.
  3. Un an de prison pour sa phrase sur la Tunisie ; huit mois en appel en septembre 2024.
  4. Deux ans de prison pour des déclarations sur le racisme.
  5. Deux ans de prison pour des propos sur les migrants.
  6. Sa sœur Ramla Dahmani, qui vit à l’étranger, est condamnée par défaut pour « diffusion de fausses nouvelles ».
  7. Le Parlement européen adopte une résolution consacrée à son cas ; elle sort de la prison de la Manouba le même jour, après plus de dix-huit mois de détention.
  8. La cour d’appel de Tunis ramène une de ses peines à dix-huit mois.
  9. Deux ans de prison pour des propos tenus en 2023 sur les conditions de détention ; la défense fait appel.
  10. L’article 24 du décret-loi 54 est réécrit : la prison est supprimée, sauf en cas de récidive.

Questions fréquentes sur Sonia Dahmani

Qui est Sonia Dahmani ?

Une avocate au barreau de Tunis et chroniqueuse de radio et de télévision, poursuivie depuis 2024 au titre du décret-loi 54 pour des propos tenus dans les médias.

Pourquoi Sonia Dahmani a-t-elle été arrêtée ?

Pour avoir répondu, en mai 2024 sur Carthage+, « De quel pays extraordinaire parle-t-on ? » à un chroniqueur qui affirmait que les migrants subsahariens voulaient s’installer en Tunisie. Elle a été arrêtée le 11 mai 2024 à la Maison de l’avocat.

Sonia Dahmani est-elle encore en prison ?

Non. Elle est sortie de la prison de la Manouba le 27 novembre 2025. Elle reste poursuivie : condamnée en mai 2026 à deux ans de prison, elle a fait appel.

Combien de fois Sonia Dahmani a-t-elle été condamnée ?

Quatre fois au titre du décret-loi 54, de huit mois à deux ans de prison, pour des propos sur la Tunisie, le racisme, les migrants et les conditions de détention.

Que dit l’Europe sur Sonia Dahmani ?

Le Parlement européen a adopté le 27 novembre 2025, par 464 voix contre 58, une résolution consacrée à son cas, demandant sa libération et l’abandon des poursuites ; la Tunisie y a vu une « ingérence flagrante ».

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« Sonia Dahmani : l’avocate jugée quatre fois pour ses mots », kaissaied.com, mis à jour le 18 octobre 2026. https://kaissaied.com/sonia-dahmani/

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