Tunisie · Portrait

Kais Said : qui est vraiment le président tunisien ?

Vous cherchiez « Kais Said » ? Vous n’êtes pas le seul : son nom s’écrit de cinq façons différentes. Voici, en une page, ce que sa biographie officielle ne vous dira pas : comment un professeur de droit constitutionnel élu en 2019 s’est arrogé tous les pouvoirs, a mis la justice au pas et a rempli les prisons de ses opposants.

Kais Saied lors d’un discours politique en Tunisie, président au centre des critiques concernant la concentration des pouvoirs, la répression de l’opposition et l’affaiblissement de l’indépendance judiciaire.
Kais Saied, président de la République tunisienne depuis octobre 2019.

Un professeur de droit sans parti

Né à Tunis le 22 février 1958, Kais Saied fait toute sa carrière à l’université, où il enseigne le droit constitutionnel pendant plus de trente ans. Inconnu du grand public avant 2011, il se fait remarquer après la révolution par ses interventions télévisées sur la nouvelle Constitution, prononcées dans un arabe littéraire et d’une voix monocorde qui lui valent dans la presse le surnom de « Robocop ».

Il défend une idée simple et radicale : les partis et le Parlement auraient confisqué la révolution, et le pouvoir devrait remonter directement « du peuple », depuis la base. Ce discours anti-système, porté par une campagne quasi sans moyens, séduit une jeunesse lassée des querelles politiques et de la crise économique.

2019 : l’outsider élu avec 72,7 % des voix

À la présidentielle anticipée de 2019, organisée après la mort de Béji Caïd Essebsi, Kais Saied arrive en tête du premier tour sans parti ni financement visible. Le 13 octobre, il l’emporte au second tour avec 72,71 % des voix face à l’homme d’affaires Nabil Karoui. Beaucoup voient alors en lui un juriste intègre, garant de la Constitution de 2014.

Ce juriste allait pourtant se servir de cette Constitution pour la suspendre. Pour comprendre le contexte, lire notre page sur la révolution tunisienne.

Le 25 juillet 2021, le jour où tout bascule

Invoquant un « péril imminent », Kais Saied limoge le gouvernement, gèle le Parlement, que l’armée barricade, et prend la tête du parquet. En septembre, il suspend l’essentiel de la Constitution et s’octroie le droit de gouverner par décrets-lois. En 2022, il dissout le Parlement et fait adopter par référendum, avec environ 30 % de participation, une nouvelle Constitution qui concentre l’essentiel des pouvoirs entre ses mains.

Ses partisans y voient un sauvetage face à un système politique paralysé. Ses opposants, la plupart des partis, les juristes et les ONG de défense des droits humains parlent de coup d’État. Les chiffres de participation, eux, parlent d’eux-mêmes : à peine plus d’un électeur sur dix s’est déplacé au premier tour des législatives de décembre 2022.

Ce que Kais Said a fait de la justice

En quelques mois, le président dissout le Conseil supérieur de la magistrature, s’arroge le droit de révoquer les juges par décret, en renvoie 57 en une nuit le 1er juin 2022 et ignore les décisions du Tribunal administratif ordonnant leur réintégration. Le cas le plus emblématique est celui de l’ancien procureur de Tunis Bechir Akremi, révoqué, arrêté, interné en psychiatrie puis condamné, alors que l’ONU a jugé sa détention arbitraire.

Lire l’enquête : comment Kais Saied a mis la justice au pas →

L’affaire Bechir Akremi en détail →

Ce qu’il a fait de la liberté d’expression

Le décret-loi 54 de septembre 2022, qui punissait jusqu’à cinq ans de prison la diffusion de « fausses informations », a servi à poursuivre avocats, journalistes et opposants pour de simples propos à la radio, à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Des dizaines de responsables politiques, de la gauche aux islamistes en passant par les destouriens, sont aujourd’hui derrière les barreaux.

Voir les fiches des prisonniers politiques →

Liberté d’expression en Tunisie : faites le test, risqueriez-vous la prison ? →

Le discours de février 2023 sur les migrants

Le 21 février 2023, Kais Saied affirme lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale que l’arrivée de « hordes » de migrants subsahariens relèverait d’un « plan criminel » visant à modifier la composition démographique du pays. Le discours, condamné par l’Union africaine, est suivi d’une vague d’agressions et d’expulsions de migrants noirs. Quelques mois plus tard, l’Union européenne signe pourtant avec lui un accord migratoire de 105 millions d’euros. Lire : les complices du régime.

Manifestation en Tunisie contre Kais Saied et la concentration des pouvoirs, avec des protestataires dénonçant la répression politique et le recul des libertés publiques.
Manifestation en Tunisie contre Kais Saied et la concentration des pouvoirs.

Kais Said en dix dates

  1. Naissance à Tunis.
  2. Élu président avec 72,71 % des voix au second tour.
  3. S’arroge les pleins pouvoirs et gèle le Parlement.
  4. Suspend l’essentiel de la Constitution.
  5. Dissout le Conseil supérieur de la magistrature.
  6. Révoque 57 magistrats par décret.
  7. Fait adopter sa Constitution par référendum.
  8. Promulgue le décret-loi 54.
  9. Vague d’arrestations d’opposants et de magistrats ; discours sur les migrants.
  10. Réélu avec 90,7 % des voix et 28,8 % de participation.

Kais Said, Kaïs Saïed, Kais Saied : comment écrit-on son nom ?

En arabe, son nom s’écrit قيس سعيّد. Sa transcription en alphabet latin varie selon les langues et les médias : Kaïs Saïed dans la presse francophone, Kais Saied dans la presse anglophone et sur ce site, mais aussi Kais Said, Kaies Saied ou Qais Saied. Toutes ces orthographes désignent la même personne : le président de la République tunisienne depuis 2019.

Questions fréquentes sur Kais Said

Quel âge a Kais Said ?

Kais Saied est né le 22 février 1958 à Tunis. Il a 68 ans en 2026.

Depuis quand Kais Said est-il président ?

Il est président de la République tunisienne depuis octobre 2019. Il a été réélu en octobre 2024 avec 90,7 % des voix, pour une participation de 28,8 %.

Que faisait Kais Said avant d’être président ?

Il enseignait le droit constitutionnel à l’université de Tunis. Il n’avait jamais exercé de mandat politique ni appartenu à un parti.

Pourquoi surnomme-t-on Kais Said « Robocop » ?

La presse lui a donné ce surnom en raison de sa voix monocorde, de son usage de l’arabe littéraire plutôt que du dialecte tunisien et de son discours centré sur l’ordre et la loi.

Kais Said est-il un dictateur ?

Ses partisans le présentent comme le sauveur d’un pays paralysé par les partis et la corruption. Les Nations unies, Amnesty International, Human Rights Watch et la Commission internationale de juristes documentent en revanche une concentration des pouvoirs, la mise au pas de la justice et l’emprisonnement de dizaines d’opposants, de magistrats, d’avocats et de journalistes depuis 2021. Ce site présente les faits et les sources pour que chacun puisse juger.

Comment écrit-on le nom de Kais Said ?

En arabe قيس سعيّد ; en français Kaïs Saïed, en anglais Kais Saied. Kais Said est une variante courante.