Tunisie · Droits humains

Prisonniers politiques en Tunisie : juges, avocats, journalistes et opposants

Depuis le 25 juillet 2021, des dizaines d’opposants, de magistrats, d’avocats, de journalistes et de militants ont été arrêtés ou condamnés en Tunisie, au titre du décret-loi 54, de la loi antiterroriste ou pour « complot contre la sûreté de l’État ». Voici leurs fiches, de l’ancien procureur Bechir Akremi à Rached Ghannouchi, Abir Moussi ou Sonia Dahmani.

Familles de détenus politiques manifestant en Tunisie contre les arrestations et la répression de l’opposition sous le pouvoir de Kais Saied.
Des familles de détenus politiques manifestent en Tunisie pour réclamer leur libération.

Magistrats poursuivis et emprisonnés

Révoqués par décret, privés de l’immunité que leur garantit la loi ou poursuivis devant les chambres antiterroristes : les juges qui ont résisté à la reprise en main de la justice par Kais Saied paient le prix fort. Leur sort est détaillé dans notre article Tunisie : comment Kais Saied a mis la justice au pas.

Bechir Akremi devant la Cour suprême du Royaume-Uni à Londres, dans le cadre de ses activités internationales liées à la justice et à la coopération antiterroriste tunisienne.
Magistrat, ancien procureur de Tunis

Bechir Akremi

Juge d’instruction de l’affaire Chokri Belaïd et des attentats de 2015, procureur de la République à Tunis de 2016 à 2021. Révoqué par Kais Saied le 1er juin 2022, arrêté le 12 février 2023 et interné d’office en psychiatrie. L’ONU a jugé sa détention arbitraire le 1er avril 2025. Lire l’enquête complète.

Détenu depuis février 2023 · condamné à 29 ans en appel (juillet 2026) et à 15 ans dans une autre affaire (septembre 2026)

Anas Hmaidi, président de l’Association des magistrats tunisiens, figure de la défense de l’indépendance judiciaire face aux ingérences du pouvoir de Kais Saied en Tunisie.
Président de l’Association des magistrats tunisiens

Anas Hmaidi

Il a conduit en 2022 la grève des magistrats contre la révocation de 57 juges. La Commission internationale de juristes dénonce un simulacre de procès visant à réduire au silence l’association.

Condamné à un an de prison le 6 avril 2026 pour « entrave à la liberté du travail »

Le juge tunisien Hammadi Rahmani, magistrat révoqué par décret présidentiel en 2022, figure des tensions autour de l’indépendance de la justice et des poursuites visant des magistrats sous le pouvoir de Kais Saied en Tunisie.
Juge révoqué

Hammadi Rahmani

Révoqué par le décret présidentiel du 1er juin 2022, il fait l’objet de poursuites que la Commission internationale de juristes juge engagées en violation de son immunité judiciaire, sans levée par un conseil indépendant.

Poursuivi en justice depuis sa révocation

Juge révoqué, président de l’Association des jeunes juges

Mourad Messaoudi

Révoqué en 2022 puis rétabli par le Tribunal administratif sans que la décision soit exécutée, candidat à la présidentielle de 2024. Il est arrêté et violenté à son domicile le 15 août 2025, selon sa famille, pour « octroi d’avantages » à des électeurs.

Libéré par la cour d’appel le 18 février 2026 · procédure en cours

Avocats poursuivis pour avoir défendu ou parlé

Défendre un opposant ou un juge révoqué, ou critiquer la justice à l’antenne, suffit à faire basculer un avocat du banc de la défense à celui des accusés.

L’avocate et chroniqueuse tunisienne Sonia Dahmani, poursuivie à plusieurs reprises sous le décret-loi 54 après ses critiques publiques, devenue une figure emblématique de la répression de la liberté d’expression sous le pouvoir de Kais Saied.
Avocate et chroniqueuse

Sonia Dahmani

Arrêtée par des policiers masqués au siège de l’Ordre des avocats le 11 mai 2024, elle est condamnée à plusieurs reprises au titre du décret-loi 54 pour des propos sur le racisme, la migration et les prisons. Le Parlement européen a exigé sa libération.

Libération conditionnelle le 27 novembre 2025 après plus de 18 mois de détention · nouvelle condamnation à 2 ans en mai 2026

Ayachi Hammami, avocat tunisien et défenseur des droits humains, poursuivi puis emprisonné dans l’affaire dite du complot, symbole de la répression des opposants, des avocats et des voix critiques sous le pouvoir de Kais Saied en Tunisie.
Avocat, défenseur des droits humains

Ayachi Hammami

Avocat des juges révoqués, visé dès 2023 par une enquête au titre du décret-loi 54, puis inculpé dans l’affaire du « complot » dont il défendait des accusés.

Incarcéré depuis le 2 décembre 2025 · 5 ans de prison en appel

Ancien juge administratif, avocat

Ahmed Souab

Avocat dans l’affaire du « complot », arrêté le 21 avril 2025 pour avoir dénoncé les pressions sur les juges, condamné à cinq ans le 31 octobre 2025 après une audience de quelques minutes.

Libéré le 23 février 2026, peine réduite à 10 mois en appel

Avocat, figure historique de l’opposition

Ahmed Néjib Chebbi

Ancien dirigeant du Parti démocrate progressiste et fondateur du Front de salut national, il avait boycotté le procès du « complot ». Il est arrêté à plus de 80 ans, quelques jours après la décision d’appel.

Incarcéré depuis le 4 décembre 2025 · 12 ans de prison en appel

Journalistes condamnés, poursuivis ou exilés

D’après un décompte publié par Nawaat en septembre 2026, 39 journalistes ont fait l’objet de poursuites depuis mai 2023. Le 30 septembre 2026, l’article 24 du décret-loi 54 a été réécrit par décret présidentiel pour remplacer la prison par une amende en cas de première infraction ; le texte ne dit rien des personnes déjà condamnées.

Chroniqueurs

Borhen Bsaies et Mourad Zeghidi

Arrêtés en mai 2024 et condamnés au titre du décret-loi 54 pour leurs commentaires à la radio et à la télévision, puis poursuivis pour blanchiment. Reporters sans frontières dénonce une persécution judiciaire.

Condamnés à 3 ans et demi de prison en janvier 2026

Rédacteur en chef d’Al Qatiba

Mohamed Yousfi

Arrêté le 4 septembre 2026 pour « enrichissement illicite » et « blanchiment », selon Nawaat, qui y voit le recours croissant aux accusations financières contre les journalistes.

Arrêté le 4 septembre 2026

Journaliste

Zied El Heni

Arrêté à plusieurs reprises depuis 2021, il a été condamné en 2026 pour des propos jugés offensants envers le chef de l’État, selon Nawaat.

Condamné à un an de prison en 2026

Journaliste

Khaoula Boukrim

Condamnée par défaut au titre du décret-loi 54, une décision dénoncée par le Syndicat national des journalistes tunisiens. Selon Nawaat, elle vit en exil.

Condamnée par défaut à 4 ans de prison en juin 2026

Opposants politiques

De l’islamiste Rached Ghannouchi à la destourienne Abir Moussi, en passant par la gauche et les libéraux du Front de salut national, les principales figures de l’opposition à Kais Saied sont derrière les barreaux. Dans l’affaire du « complot », 34 accusés ont été condamnés en appel le 28 novembre 2025 à des peines de 5 à 45 ans, rendues définitives par la Cour de cassation en 2026.

Président d’Ennahdha, ancien président du Parlement

Rached Ghannouchi

Âgé de 85 ans, il cumule plusieurs condamnations, dont la réclusion à perpétuité prononcée en juin 2026 dans l’affaire dite du « dispositif secret ». Amnesty International réclame sa libération immédiate et s’inquiète de son état de santé.

Détenu depuis avril 2023

Présidente du Parti destourien libre (PDL)

Abir Moussi

Arrêtée le 3 octobre 2023 alors qu’elle tentait de déposer des recours contre des décrets présidentiels au bureau d’ordre de la présidence. Amnesty International la considère comme injustement condamnée.

Détenue depuis octobre 2023 · 10 ans de prison en appel (mars 2026)

Opposants, affaire du « complot »

Jaouhar Ben Mbarek, Issam Chebbi, Ghazi Chaouachi, Ridha Belhaj

Figures de l’opposition arrêtées lors de la vague de février 2023 et détenues depuis. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme dénonce une procédure entachée de violations du procès équitable.

Condamnés à 20 ans de prison en appel · condamnations définitives en 2026

Opposants, affaire du « complot »

Khayam Turki et Abdelhamid Jelassi

Le militant politique Khayam Turki et l’ancien dirigeant d’Ennahdha Abdelhamid Jelassi figurent parmi les détenus de février 2023.

Condamnés à 35 et 10 ans de prison en appel

Militante politique

Chaïma Issa

Figure de la contestation contre les mesures du 25 juillet 2021, elle est arrêtée le lendemain de la décision d’appel dans l’affaire du « complot ».

Incarcérée depuis le 29 novembre 2025 · 20 ans de prison

Candidat à la présidentielle de 2024

Ayachi Zammel

Arrêté en pleine campagne, il reste candidat depuis sa cellule. La Commission internationale de juristes rapporte qu’il a été condamné à plus de douze ans de prison pour des infractions liées aux parrainages électoraux.

Condamné à plus de 12 ans de prison

Défenseurs des droits humains et société civile

Les organisations de la société civile, nées en masse après la révolution, sont à leur tour ciblées, en particulier celles qui défendent les migrants ou la justice transitionnelle. Pour comprendre ce qu’elles ont construit depuis 2011, lire notre histoire de la révolution tunisienne.

Défenseuse des droits humains, ancienne présidente de l’IVD

Sihem Bensedrine

Figure historique de l’opposition à Ben Ali et présidente de l’Instance Vérité et Dignité de 2014 à 2019, elle est arrêtée en août 2024 et accusée notamment d’avoir falsifié le rapport final de l’Instance. Amnesty International dénonce une injustice scandaleuse.

Condamnée à 25 ans de prison en juin 2026

Militante antiraciste, présidente de Mnemty

Saadia Mosbah

Arrêtée le 16 mai 2024 et poursuivie pour la gestion financière de son association, au moment où les autorités ciblent les organisations d’aide aux migrants. Amnesty International demande l’annulation de sa condamnation.

Condamnée à 8 ans de prison, peine confirmée en appel le 24 juin 2026

Manifestation en Tunisie contre Kais Saied et la concentration des pouvoirs, avec des protestataires dénonçant la répression politique et le recul des libertés publiques.
Manifestation à Tunis contre la répression politique et le recul des libertés.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de prisonniers politiques en Tunisie ?

Aucun décompte officiel n’existe. Les organisations de défense des droits humains et la presse évoquent des dizaines d’opposants, de magistrats, d’avocats, de journalistes et de militants emprisonnés depuis le 25 juillet 2021.

Quels magistrats sont emprisonnés ou poursuivis en Tunisie ?

L’ancien procureur Bechir Akremi est détenu depuis février 2023 et a été condamné en 2026. Le président de l’Association des magistrats tunisiens, Anas Hmaidi, a été condamné à un an de prison, et les juges révoqués Hammadi Rahmani et Mourad Messaoudi ont été poursuivis.

Pourquoi Rached Ghannouchi est-il en prison ?

Le président d’Ennahdha, détenu depuis avril 2023, a été condamné dans plusieurs affaires, dont la réclusion à perpétuité en juin 2026 dans l’affaire dite du « dispositif secret ». Amnesty International dénonce de graves violations du droit à un procès équitable.

Pourquoi Abir Moussi est-elle en prison ?

La présidente du Parti destourien libre a été arrêtée le 3 octobre 2023 devant le bureau d’ordre de la présidence et condamnée en appel à dix ans de prison en mars 2026, notamment pour « tentative de changer la forme de l’État ».

Qui est Sonia Dahmani ?

Avocate et chroniqueuse tunisienne, arrêtée en mai 2024 et condamnée à plusieurs reprises au titre du décret-loi 54 pour ses propos dans les médias. Elle est en liberté conditionnelle depuis novembre 2025.

Qu’est-ce que le décret-loi 54 ?

Un décret-loi de Kais Saied (aussi écrit Kais Said) du 13 septembre 2022 sur les infractions liées aux systèmes d’information. Son article 24 punissait de cinq ans de prison les « fausses informations » ; il a été réécrit le 30 septembre 2026.