Bechir Akremi : l’ancien procureur de Tunis, de la lutte antiterroriste à la prison
Juge d’instruction des attentats du Bardo et de Sousse, procureur de la République à Tunis de 2016 à 2021, Bechir Akremi est suspendu douze jours avant le coup de force de Kais Saied, révoqué par décret, arrêté en février 2023 et interné d’office en psychiatrie. Le Groupe de travail de l’ONU juge sa détention arbitraire ; il a depuis été condamné à 29 ans de prison en appel. Voici son dossier : la fiche, la chronologie complète, les accusations et ses réponses, les documents.
Bechir Akremi est détenu depuis
Arrêté le 12 février 2023. Le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire demande sa libération immédiate.
Qui est Bechir Akremi ?
Entré dans la magistrature le 16 janvier 1989, Bechir Akremi exerce pendant plus de trente ans presque toutes les fonctions judiciaires : substitut du procureur, juge d’instruction, président du tribunal de première instance de Béja. En 2012, il devient premier juge d’instruction à Tunis, puis rejoint en 2015 le pôle judiciaire antiterroriste, dont il avait lui-même proposé l’idée. Il en dirige le parquet comme procureur de la République de Tunis à partir d’août 2016.
Ses enquêtes sur les attentats du Bardo et de Sousse, menées avec Eurojust et la police britannique, aboutissent en 2019 à la condamnation de sept accusés à la perpétuité ; l’instruction de l’assassinat de Chokri Belaïd se conclut en 2024 par quatre condamnations à mort. Il signale aussi des tortures commises par des policiers de la brigade antiterroriste, ce qui lui vaut, selon la requête examinée par l’ONU, l’hostilité durable de certains services de sécurité.

La chronologie complète de l’affaire
De son entrée dans la magistrature à ses condamnations de 2026, les dates clés du dossier. Les étapes décisives sont marquées en rouge.
- Entre dans la magistrature comme juge suppléant au tribunal de première instance de Tunis.
- Premier juge d’instruction à Tunis ; il instruit l’assassinat de Chokri Belaïd à partir de 2013.
- Rejoint le pôle judiciaire antiterroriste, dont il avait proposé la création.
- Enquêtes sur les attentats du Bardo et de Sousse, avec Eurojust et la police britannique ; il signale des tortures policières.
- Nommé procureur de la République près le tribunal de première instance de Tunis, compétent en matière de terrorisme.
- Sept accusés des attentats du Bardo et de Sousse condamnés à la perpétuité.
- La justice administrative annule sa mutation forcée, décidée en août 2020.
- Accusé publiquement d’avoir « enterré » 6 268 procès-verbaux liés au terrorisme.
- Suspendu par le conseil de discipline sur plainte d’un parti politique.
- Coup de force de Kais Saied, qui prend la tête du ministère public.
- Assigné à résidence par le ministre de l’Intérieur, sans décision de justice.
- La cour administrative d’appel annule sa suspension.
- Révoqué par décret présidentiel avec 56 autres magistrats, sans audience, à la veille de la décision définitive.
- Décision définitive en sa faveur : l’assemblée plénière du Tribunal administratif, sa plus haute formation, rejette le recours du CSM et confirme l’annulation de sa suspension (n° 320548). Troisième décision de justice qui lui donne raison, jamais exécutée.
- Répond publiquement au président sur les « 6 268 procès-verbaux ».
- Arrêté à son domicile de l’Ariana par la brigade antiterroriste.
- Interné d’office au service psychiatrique de l’hôpital Razi.
- Réarrêté à la sortie de l’hôpital et placé sous mandat de dépôt.
- Requête déposée en son nom devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (n° 003/2023).
- Première réponse de l’État tunisien aux rapporteurs spéciaux de l’ONU.
- Le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire juge sa détention arbitraire (avis n° 2/2025).
- La Rapporteuse spéciale de l’ONU sur l’indépendance des juges interroge la Tunisie sur son cas.
- Interrogé au Parlement, le gouvernement britannique se dit « informé » de sa détention.
- La Tunisie répond à l’ONU en énumérant neuf procédures, sans en décrire les preuves.
- Condamné à 23 ans de prison dans l’affaire Belaïd.
- Peine portée à 29 ans en appel.
- Condamné à 15 ans dans une affaire de « falsification ».
Les accusations, point par point, et ce qu’il répond

Pour le parquet et pour le comité de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, Bechir Akremi a entravé la recherche de la vérité dans l’affaire Belaïd. Le gouvernement tunisien a détaillé les procédures dans deux réponses à l’ONU, en juin 2024 et en janvier 2026. Voici chaque accusation, face à sa réponse et aux constats des instances indépendantes.
- Ce que dit l’accusation
Affaire Belaïd : il aurait dissimulé des pièces et omis d’arrêter un suspect.
Ce qu’il répond, ce qu’ont constaté les instances indépendantesLa chambre d’instruction a validé son enquête et renvoyé l’affaire en jugement ; selon Sihem Bensedrine, les recours de la partie civile ont été rejetés par la Cour de cassation et les plaintes antérieures se sont conclues par des non-lieux. Pour le Groupe de travail de l’ONU, ces faits, même établis, ne permettraient pas de l’accuser de complicité de terrorisme, et il est poursuivi deux fois pour les mêmes faits.
- Ce que dit l’accusation
Les « 6 268 procès-verbaux » : il aurait laissé dormir des dossiers liés au terrorisme.
Ce qu’il répond, ce qu’ont constaté les instances indépendantesCes procès-verbaux n’étaient pas dans son bureau mais au pôle antiterroriste, chez trois substituts qui en avaient traité 15 000 en quatre ans. Il n’était procureur de Tunis que depuis août 2016, et les vingt-cinq exemples fournis par l’inspection portaient sur des affaires ordinaires.
- Ce que dit l’accusation
Selon la réponse de l’État à l’ONU de janvier 2026, il aurait « divulgué, fourni et diffusé des informations » au profit d’une organisation terroriste.
Ce qu’il répond, ce qu’ont constaté les instances indépendantesLa réponse ne cite ni témoignage, ni expertise, ni pièce. Elle vise le magistrat qui a proposé la création du pôle antiterroriste, participé aux enquêtes sur les attentats du Bardo et de Sousse et dirigé de 2016 à 2021 le parquet de ce pôle.
- Ce que dit l’accusation
Six affaires de droit commun : faux, abus de fonction, dissimulation de preuves, prêt à un taux d’intérêt excessif.
Ce qu’il répond, ce qu’ont constaté les instances indépendantesBechir Akremi conteste l’ensemble de ces accusations. Aucune des pièces sur lesquelles elles reposeraient n’a été rendue publique ; Human Rights Watch qualifie de « douteuses » les accusations portées contre lui.
Ce qu’a dit l’ONU
Saisi par l’organisation Alkarama, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire adopte le 1er avril 2025 son avis n° 2/2025. Le gouvernement tunisien n’a pas répondu dans les délais. Les experts concluent que la détention n’a pas de base légale, que les poursuites visent l’exercice indépendant de ses fonctions, et se disent profondément troublés par son internement psychiatrique sans contrôle judiciaire. Ils demandent sa libération immédiate, une indemnisation et une enquête indépendante.
La détention d’un juge […] atteint le cœur même de l’état de droit.
Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, avis n° 2/2025
Le 10 septembre 2025, la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur l’indépendance des juges et des avocats interroge à son tour la Tunisie. La réponse, arrivée le 20 janvier 2026 après une demande de délai, énumère neuf procédures sans répondre aux constats du Groupe de travail. Au Parlement britannique, le gouvernement s’est dit le 17 septembre 2025 « informé » de sa détention et a appelé à des procès indépendants et transparents.
Les documents du dossier
Tous les documents, dont l’instruction Belaïd et les entretiens →
Questions fréquentes sur Bechir Akremi
Qui est Bechir Akremi ?
Bechir Akremi est un magistrat tunisien, entré dans la magistrature en 1989, ancien juge d’instruction du pôle judiciaire antiterroriste et procureur de la République près le tribunal de première instance de Tunis de 2016 à 2021. Il a instruit l’affaire Chokri Belaïd et participé aux enquêtes sur les attentats du Bardo et de Sousse.
Comment s’écrit le nom de Bechir Akremi ?
On trouve Bechir Akremi, Béchir Akremi, Bechir Akermi ou Béchir Akermi dans la presse francophone. En arabe, son nom s’écrit بشير العكرمي.
Pourquoi Bechir Akremi est-il en prison ?
Il est poursuivi pour sa gestion de l’enquête sur l’assassinat de Chokri Belaïd et dans plusieurs autres procédures. Arrêté le 12 février 2023, il a été condamné à 23 ans de prison en mars 2026, peine portée à 29 ans en appel en juillet, puis à 15 ans dans une affaire de « falsification » en septembre 2026. Il conteste toutes les accusations.
Que dit l’ONU sur Bechir Akremi ?
Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a jugé sa détention arbitraire dans son avis n° 2/2025 du 1er avril 2025 et a demandé sa libération immédiate, une indemnisation et une enquête indépendante.
Depuis quand Bechir Akremi est-il détenu ?
Depuis le 12 février 2023. Après sa garde à vue, il a été interné d’office au service psychiatrique de l’hôpital Razi du 17 au 24 février 2023, puis placé sous mandat de dépôt à sa sortie.
Son cas n’est pas isolé : d’autres magistrats ont été révoqués ou poursuivis, et tous figurent dans la liste des prisonniers politiques, aux côtés des avocats qui ont tenté de les défendre.
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« Bechir Akremi : le dossier complet de l’ancien procureur de Tunis », kaissaied.com, mis à jour le 6 octobre 2026. https://kaissaied.com/bechir-akremi/
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